L'arrivée des déportés hongrois - in "Une Vie" de Simone Veil

March 23, 2018

 

« Pour nous, les filles de Birkenau, ce fut peut-être l’arrivée des Hongroises qui donna la véritable mesure du cauchemar dans lequel nous étions plongées. L’industrie du massacre atteignit alors des sommets : plus de quatre cent mille personnes furent exterminées en moins de trois mois.  Des blocs entiers avaient été libérés pour les accueillir, mais la plupart ont été gazées tout de suite. C’est pour cela que nous avions travaillé à prolonger la rampe à l’intérieur du camp jusqu’aux chambres à gaz. A partir de début mai, les trains chargés de déportés hongrois se sont succédé de jour comme de nuit, remplis d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards. J’assistais à leur arrivée, car je vivais dans un bloc très proche de la rampe. Je voyais des centaines de malheureux descendre du train, aussi démunis et hagards que nous, quelques semaines plus tôt. La plupart étaient directement envoyés à la chambre à gaz. Parmi les survivants, beaucoup partirent rapidement pour Bergen-Belsen, camp d’une mort lente, mais aussi certaine. Ceux qui restèrent à Auschwitz-Birkenau se retrouvèrent particulièrement isolés, faute de ne pratiquer aucune autre langue que le hongrois. Dans leur pays, les événements étaient survenus sans préavis. La guerre y était longtemps demeurée marginale. La présence militaire allemande, récente, n’avait rien à voir avec l’occupation des autres pays d’Europe, au point que les nazis avaient dû s’entendre avec les milices hongroises pour mener à bien les arrestations de Juifs. »

 

 

« Une vie », Simone Veil, Stock, 2007

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